Tous les mois, deux livres de cuisine tout juste parus sont soumis à mon regard de cuisinière non-experte : qualité pédagogique du livre, accessibilité des recettes, esthétique, diversité des ingrédients et test d’une des recettes. Tout y passera !

Je suis une adepte de la street food, principalement quand je voyage. Quand on baroude, la street food a plusieurs avantages : on ne perd pas de temps au restaurant, on découvre les spécialités culinaires du pays et, en général, on en profite pour tenter quelques échanges avec la population locale. On peut parfois avoir de mauvaises surprises mais quand elles sont bonnes, elles sont vraiment très bonnes ! Je me souviens parfaitement d’un soir en Indonésie ou j’ai mangé de merveilleuses brochettes (de je ne sais même pas quoi en fait) assise à même le trottoir au niveau des pots d’échappements de centaines de mobylettes pétaradantes de fierté, et raillée par des indonésiens hilares parce que je n’étais pas capable de les prendre en photo. La street food a le pouvoir d’effacer toutes les différences culturelles, religieuses et sociales car le goût est le même pour tous et la rue appartient à tous les passants. Quand j’ai appris que Thierry Marx, chef reconnu pour sa cuisine moléculaire, jury de l’émission Top Chef et surtout grand connaisseur de la street food, sortait un livre consacré à ce sujet, Street Marx aux éditions du Rouergue, je me suis jeté dessus avec autant d’avidité que sur une frite dans un cornet. Prêts à bouffer du bitume avec moi ?

Le contenu
Dans Street Marx, Thierry Marx nous invite à découvrir quatre villes des quatre coins du monde : New-York, Bangkok, Jérusalem et Tokyo. Dans chacune d’elles, il déambule, parfois au hasard, parfois avec un but bien précis mais toujours avec un appétit d’ogre. Alors il s’arrête, parfois par hasard, parfois avec un but bien précis, pour manger, toujours dans la rue. Entre les haltes repas, nous le suivons donc à Central Park ou dans le quartier du mur des lamentations. Au gré de ses pérégrinations, Thierry Marx nous fait part de ses impressions, et là on commence à se dire que le voyage va être long. Vous n’échapperez pas à une longue liste de clichés sur toutes les villes traversées : à New-York « Un cow-boy à moitié nu sur le carrefour : puritains les américains mais osant tout !« , à Jérusalem « Ca n’a l’air de rien et pourtant, toucher le mur c’est s’imprégner d’une énergie extraordinaire.« , à Bangkok « Oh la la le brouhaha des klaxons ! » et a Tokyo « Tiens, encore un passager avec un masque. » Ce serait un peu comme lire le Reader’s Digest du touriste de base, mais on n’oublie pas qu’on est là pour un voyage culinaire et non pour un voyage initiatique alors on cherche les recettes. C’est un peu le souci, on cherche vraiment les recettes, qu’on finit tout de même par trouver à la fin de chaque chapitre consacré aux villes : en tout, le livre propose 34 recettes dont 10 pour New York, 8 pour Jérusalem, 8 pour Bangkok et 8 pour Tokyo.

La mise en scène
Le moins qu’on puisse dire c’est que le traitement de Street Marx se veut original, l’éditeur le présente comme « un manga aux images shootées au téléphone portable« . Si l’intention de faire un livre de cuisine différent est louable, j’y vois néanmoins deux inconvénients majeurs. Tout d’abord, il existe déjà un véritable manga consacré à la street food « Le gourmet solitaire« , petit bijou de poésie dans lequel un homme ordinaire goûte aux plats typiques de la cuisine japonaise (à lire, si ce n’est déjà fait). Ensuite, avec la nouvelle génération de téléphones portables, n’importe quel newbie est capable de faire des photos style pseudo arty avec des applications telles qu’Instagram. Du coup, même si l’association du manga et de la photo de téléphone portable n’avait jamais été faite pour un livre de cuisine, on ne peut s’empêcher de penser qu’on aurait pu beaucoup mieux faire. Ajoutés à cela, les commentaires sans intérêt qui sont censés sortir de la bouche de Thierry Marx, on frise l’indigestion.

Le choix des ingrédients
Tant qu’on reste à New-York ou à Jérusalem, la liste des ingrédients de Street Marx est plutôt aisée. Les choses se compliquent logiquement lorsqu’on passe sur le continent asiatique avec des ingrédients tels que la chapelure « panko », la sauce takoyaki, le dashi ou la sauce tonkatsu. Après avoir fait des recherches sur internet, il semblerait que ces produits se trouvent assez facilement dans les épiceries asiatiques donc c’est plutôt un bon point. Les recettes seront au moins réalisables.

La didactique des recettes
Pour chaque recette, le livre fournit les indications suivantes : le nombre de personnes (parfois), la liste des ingrédients (toujours) et les étapes de préparation (toujours aussi). Les recettes tiennent toutes sur une seule page. On ne sait pas si c’est du au dépouillement japonais qu’affectionne Thierry Marx mais les recettes se contentent du strict minimum. Pour vous donner un exemple, voici la recette des falafels « Hachez ou concassez les pois chiches au mortier ou au robot-coupe, ajoutez les ingrédients un à un et mélangez. Formez des petites boules et faites-les frire à 145° C« . En plus d’être succinctes, les recettes sont en général accompagnées de photos qui suggère le plat plutôt que de véritablement le présenter. Ignorant quel doit être le résultat final, on navigue alors à vue et c’est rendez-vous en terre inconnue.

Le test
Alors non, je n’ai pas testé la recette des falafels mais celle prise en photo juste au-dessus soit le Barbecue Chicken Burger qui, comme son nom ne l’indique pas, n’utilise pas de sauce barbecue. J’avoue ne pas avoir été aventurière sur ce coup et avoir choisi la facilité en atterrissant sur le sol américain mais l’épicerie japonaise était trop loin et la rue trop froide. J’ai voulu tenter cette recette pour changer du sempiternel burger au boeuf haché. J’ai donc suivi les (rares) indications de Thierry Marx et j’ai obtenu …

un steak de poulet haché

Puis un hamburger de poulet haché (logique)

Puis une fille qui mange un hamburger de poulet haché (normal)

Et qui se dit qu’elle doit vraiment, vraiment, arrêter de manger n’importe quoi.

Le verdict
Street Marx
coûtant la bagatelle de 32 euros, je pense que ce livre est une excellente idée cadeau pour Thierry Marx lui-même ce qui lui fera un divertissant album photos souvenir.

Street Marx, Thierry Marx, éditions Le Rouergue, 208 pages, 32 € TTC